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Rencontre Enzensberger-Schuhl (Le Monde)
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0,36-970938,0.html Le Monde, Paris 25 octobre 2007 ... (...) Il y a trois ans, un industriel mécène lui a commandité un "monument" (!) : ça a été une petite tour de 1,70 m composée de plateaux circulaires mobiles dont la manipulation aléatoire, à partir d'un programme de six vers, compose des textes innombrables comportant chaque fois rimes, tropes et symétries. "C'est très amusant, je lui dis [Schuhl], ça me rappelle Queneau et son livre-machine Cent mille milliards de poèmes... Mais je suis réticent à tout ce qui est interactif, faire jouer les gens à la poésie... D'accord pour que ça fasse une sorte de combinatoire automatique, mais il faut pas qu'on y touche... Le truc de maintenant : l'art à la portée de tous, tout le monde artiste... les enfants... tout ça ! - Oui, mais ni moi ni le spectateur ne peut prévoir ce qui résulte de la manipulation de cette machine. C'est pas parce qu'on touche un bouton qu'on est artiste." Sur sa lancée, inspiré par Jeux sous le crâne d'une géante de l'écrivain romantique allemand Jean Paul, il a imaginé et fait construire dix-huit objets-machines "entre art et non-sens". L'un d'eux est une sorte d'autel miniature de 30 cm. Dans trois flacons en verre posés sur un petit plateau, les lettres - en pâtes (de blé dur) comme les alphabets soupe d'antan - de trois poèmes de Goethe, Rilke et Brecht, une couleur pour chacun. Les lettres sont mauves, turquoise, vermillon, et en les sortant du flacon les pâtes se combinent et composent un nouveau poème, tricolore, collé sur un panneau au fond de "l'autel", dans lequel on peut donc reconnaître, à la couleur, la part de chaque auteur. Le tout présenté ainsi comme une icône, avec sur les côtés deux rideaux rouges minuscules, évoquant aussi bien une sorte de tabernacle qu'un micro-cabinet d'accessoires pour illusions de Robert Houdin. "Le poème final doit être d'une certaine qualité, il ne faut pas être trop modeste, dit-il. - Ça alors, voilà une sacrée plaisanterie! Le bon esprit Dada! et de la pop-poésie ! Ça me fait penser à certains tableaux-objets de Jasper Johns ou à John Cage et sa musique aléatoire. A propos de pop art, Magnus, croyez-vous possible en littérature l'utilisation des mass-médias, télévision, Internet... comme certains écrivains ou peintres ont utilisé le journal ? - Oui, je les utilise mais à mes fins propres, et il faut un sens du filtrage. Il est vital d'ignorer certaines choses, de ne pas tout écouter. J'ai l'âge pour avoir appris ça il y a longtemps en Allemagne avec la propagande. Je me méfie aussi de la dictature de l'actualité, je ne veux pas être son otage, et je suis partisan d'une certaine tradition que chacun se forge pour lui-même. Catulle, le poète latin, par exemple, a une certaine importance pour moi. - Et aussi peut-être Les Simpson ? ! Je trouve que cette série télé de dessin animé est un exemple rare de divertissement populaire et pourtant raffiné. - Oui, c'est formidable ! C'est ce qu'on peut trouver de mieux aujourd'hui à la télé. Dans les productions de Hollywood, il y a aussi parfois des éléments intéressants. On ne doit pas mépriser ça. Il faut juste faire des prélèvements. La critique culturelle oppose masse et élite. Je n'aime pas cette contradiction. Le mot même d'élite dans leur bouche est très négatif, et là il y a un certain populisme vers où il ne faut pas aller. La poésie est minoritaire. Et alors ?" |
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